CultuRisque : Révéler les solidarités. Faire circuler les expériences. Construire la capacité d’agir ensemble.
1. Transformer les solidarités vécues en savoirs transmis et en capacités collectives durables
Le programme « Communs de capacités » constitue l’un des leviers opérationnels de CultuRisque.
Il vise à accompagner les solidarités spontanées ou organisées qui apparaissent lors de situations de crise, de danger ou de forte perturbation : incendies, inondations, ruptures de services, crises sanitaires, déplacements de population ou isolement temporaire de certains habitants.
Dans ces situations, des personnes agissent souvent sans y avoir été formellement préparées. Elles accueillent, orientent, transportent, ravitaillent, rassurent, transmettent des informations, organisent des relais ou mobilisent des ressources locales. Ces actions produisent de l’expérience. Mais cette expérience reste souvent invisible, peu reconnue et difficilement transmissible.
Le programme propose d’accompagner et de transformer un Réseau d’Echanges Réciproques de Savoirs (RERS): des actions ponctuelles en savoirs identifiés,
des savoirs individuels en capacités partagées, et des capacités partagées en communs durables.
CultuRisque fournit le cadre général, l’articulation avec la sécurité intérieure et la culture du risque. Le programme « Communs de capacités » organise la dynamique collective. Le RERS en assure le mouvement quotidien : il révèle, met en relation, transmet et remet en circulation les savoirs issus de l’action.
2- Notre hypothèse
Lors d’une crise, les personnes développent des savoir-faire réels. Pourtant, le simple fait d’avoir agi ne suffit pas à rendre ces savoirs durables.
Un savoir devient véritablement structurant lorsqu’une personne peut :
- reconnaître ce qu’elle a appris ;
- le formuler ;
- le transmettre ;
- le confronter à d’autres expériences ;
- l’adapter à une nouvelle situation ;
- permettre à d’autres de le réutiliser.
C’est la transmission qui transforme l’expérience en capacité durable.
Elle produit également un effet de reconnaissance.
La personne qui transmet ne se perçoit plus seulement comme quelqu’un ayant rendu un service dans l’urgence. Elle devient porteuse d’un savoir utile, légitime et partageable. Cette reconnaissance renforce son pouvoir d’agir, sa confiance et sa place dans le collectif.
Le programme repose donc sur la chaîne suivante :

3. Construire du commun de capacités
Un commun de capacités désigne l’ensemble des capacités individuelles et collectives qu’une communauté développe, entretient, partage et transmet pour pouvoir agir durablement face à des situations complexes ou changeantes.
Le programme ne s’intéresse donc pas seulement aux ressources matérielles disponibles.
Une salle, un véhicule, une liste de contacts ou une plateforme numérique ne deviennent réellement utiles que si des personnes savent :
- les activer ;
- les coordonner ;
- les adapter ;
- les mettre à disposition ;
- les utiliser avec discernement ;
- transmettre leur mode d’emploi ;
- en faire bénéficier d’autres personnes.
On peut résumer l’architecture du commun ainsi :
Les ressources constituent son patrimoine.
La communauté en est le sujet.
La gouvernance en organise le fonctionnement.
Les capacités en sont le principe vivant.
Le RERS en est le moteur de valorisation, circulation et de transmission.
Il permet de faire circuler quatre types d’éléments :
- ce que les personnes savent déjà faire ;
- ce qu’elles ont appris en situation ;
- ce qu’elles souhaitent apprendre ;
- ce qu’elles sont prêtes à transmettre.
Il organise une réciprocité qui ne suppose pas nécessairement un échange direct entre deux personnes.
Une personne peut recevoir un soutien aujourd’hui, apprendre de cette situation, puis transmettre plus tard un autre savoir à une autre personne. La réciprocité se construit à l’échelle du réseau.
Ainsi, chacun peut être successivement :
- bénéficiaire ;
- apprenant ;
- offreur de savoir ;
- accompagnateur ;
- relais ;
- animateur ;
- contributeur au commun.
Cette circulation des rôles évite de figer les individus dans les catégories d’« aidants » et d’« aidés ».
4. L’architecture conceptuelle du programme

Les affordances latentes
Ce sont les possibilités d’action déjà présentes sur le territoire, mais encore invisibles ou inactivées.
Il peut s’agir d’une personne connaissant les chemins d’évacuation, d’un habitant sachant accueillir une famille, d’un commerçant capable d’organiser une distribution ou d’une personne sachant vérifier et transmettre une information.
Le RERS permet de révéler ces possibilités par les offres et demandes de savoir.
Les flux d’expérience
Les situations vécues produisent des apprentissages. Ceux-ci deviennent des flux d’expérience lorsqu’ils sont racontés, confrontés et transmis.
Le RERS transforme ces expériences dispersées en circulation organisée.
Les capacités
Les capacités désignent les possibilités réelles d’agir, individuellement ou collectivement, dans une situation donnée.
Elles se développent par la pratique, la transmission et l’adaptation.
La robustesse collective
La robustesse correspond à la capacité du territoire à continuer d’agir malgré l’incertitude, l’imprévu ou la défaillance temporaire de certaines ressources.
Elle augmente lorsque plusieurs personnes savent assurer une même fonction, se relayer et improviser sans perdre le lien avec le collectif.
La TransValorisation
La TransValorisation transforme un savoir local en ressource réutilisable ailleurs : récit, fiche, atelier, scénario, outil pédagogique, formation entre pairs ou dispositif numérique.
Les communs vivants
Un commun reste vivant si les savoirs continuent à circuler, si de nouveaux participants peuvent y entrer et si les capacités sont régulièrement exercées, enrichies et transmises.
5. Le programme en trois temps
Les trois temps du programme sont entièrement pensés comme une animation RERS.
Temps 1 : Avant la crise
Révéler les savoirs et préparer les échanges
L’objectif est de rendre visibles les savoirs, les expériences et les besoins présents sur le territoire.
Actions
- recueillir les offres et demandes de savoir ;
- identifier les personnes-relais ;
- organiser des rencontres de réciprocité ;
- faire émerger les savoirs invisibles ;
- cartographier les capacités présentes ;
- proposer des démonstrations et des transmissions courtes ;
- préparer des binômes ou des petits groupes d’échange ;
- articuler les savoirs citoyens avec les ressources institutionnelles.
Exemples d’offres
- savoir organiser un accueil temporaire ;
- connaître les voies d’évacuation ;
- transmettre une information fiable ;
- accompagner une personne vulnérable ;
- organiser une distribution ;
- utiliser certains matériels ;
- maintenir le lien dans un groupe sous tension.
Exemples de demandes
- comprendre les consignes locales ;
- apprendre à proposer son aide sans gêner les secours ;
- savoir passer le relais ;
- reconnaître une rumeur ;
- accueillir une personne déplacée ;
- mieux réguler son stress.
Résultat attendu
Un réseau de personnes qui se connaissent, savent ce qu’elles peuvent transmettre et savent vers qui se tourner pour apprendre.
Temps 2 : Pendant la crise
Activer les savoirs et apprendre dans l’action
Pendant la crise, le RERS devient un système de mise en relation et de transmission rapide.
Il relie :
- les besoins ;
- les savoir-faire ;
- les personnes disponibles ;
- les relais locaux ;
- les acteurs institutionnels ;
- les ressources du territoire.
La transmission ne prend pas la forme d’une formation classique. Elle s’effectue par compagnonnage :
- montrer un geste ;
- transmettre une consigne ;
- expliquer une procédure ;
- accompagner une première action ;
- partager un retour immédiat ;
- aider une personne à reconnaître ses limites ;
- organiser les relais.
Celui qui sait accompagne celui qui doit agir ; celui qui apprend peut ensuite transmettre à son tour.
Le RERS permet ainsi d’augmenter rapidement le nombre de personnes capables d’agir, tout en limitant les erreurs et l’épuisement.
Il reste toujours articulé aux consignes des services compétents et ne se substitue jamais à la chaîne de secours.
Temps 3 : Après la crise
Reconnaître, transmettre et pérenniser
Après la crise, le programme accompagne la transformation des expériences en savoirs transmissibles.
Chaque participant peut être invité à identifier :
- ce qu’il a fait ;
- ce qu’il a appris ;
- ce qu’il peut désormais transmettre ;
- ce qu’il souhaite encore apprendre ;
- les erreurs ou difficultés rencontrées ;
- les capacités qui devraient être développées collectivement.
Formats possibles
- bourses de savoirs post-crise ;
- ateliers « J’ai appris / je peux transmettre » ;
- récits croisés ;
- démonstrations ;
- tutorat entre habitants ;
- capsules audio ou vidéo ;
- fiches de savoir-faire ;
- simulations ;
- rencontres interterritoriales.
Résultat attendu
Les gestes solidaires ne disparaissent pas avec la fin de la crise. Ils deviennent un patrimoine partagé, reconnu et mobilisable.
7. Les composantes opérationnelles
7.1. Une cartographie vivante des capacités
Elle recense :
- les offres et demandes ;
- les expériences vécues ;
- les personnes-relais ;
- les savoirs rares ;
- les ressources disponibles ;
- les besoins de transmission ;
- les capacités à renforcer.
Cette cartographie n’est pas un référentiel figé. Elle évolue à mesure que le réseau apprend.
7.2. Des rencontres régulières de réciprocité
Elles permettent aux participants :
- de formuler leurs savoirs ;
- de découvrir ceux des autres ;
- de demander un apprentissage ;
- de proposer une transmission ;
- d’actualiser leurs besoins ;
- de créer des liens avant la crise.
7.3. Des scénarios d’expérimentation
Les savoirs sont mis en situation par :
- simulations ;
- jeux de rôles ;
- exercices territoriaux ;
- ateliers immersifs ;
- tests de coordination ;
- situations de transmission en chaîne.
7.4. Une application dédiée
Une web application inspirée du fonctionnement des RERS pourrait permettre :
- de publier une offre ou une demande ;
- de trouver un transmetteur ;
- de rejoindre un échange ;
- de signaler une expérience ;
- de déposer un retour d’action ;
- de suivre les capacités développées ;
- d’organiser les sessions de transmission ;
- de conserver les traces du commun.
L’application soutient le réseau mais ne se substitue pas à l’animation humaine.
7.5. Un réseau interterritorial
Les savoirs produits localement peuvent être proposés à d’autres territoires.
Un territoire touché par un incendie peut transmettre son expérience à un autre confronté à un risque comparable. En retour, il peut recevoir d’autres savoirs sur l’accueil, la logistique ou la reconstruction.
8. Articulation avec CultuRisque
Le programme « Communs de capacités » reste l’un des leviers de CultuRisque, mais il possède sa propre logique opérationnelle.
CultuRisque intervient sur plusieurs dimensions :
- sécurité intérieure ;
- culture du risque ;
- capacité à faire face ;
- coopération ;
- apprentissage collectif ;
- robustesse territoriale.
Le programme « Communs de capacités » prend en charge plus particulièrement :
- la révélation des savoirs ;
- leur transmission ;
- la réciprocité ;
- la reconnaissance des personnes ;
- la transformation des expériences en capacités ;
- la constitution d’un patrimoine collectif vivant.
L’articulation peut être présentée ainsi :
CULTURISQUE
Cadre général de développement de la capacité à faire face
│
├── Sécurité intérieure
│ Présence, discernement, régulation, confiance
│
├── Culture du risque
│ Compréhension, anticipation, préparation
│
└── Programme « Communs de capacités »
RERS comme moteur d’animation
Transmission, réciprocité, reconnaissance,
capacités collectives et robustesse
9. Gouvernance du programme
Le programme peut être animé par une cellule locale des communs de capacités, réunissant :
- habitants ;
- associations ;
- collectivités ;
- professionnels ;
- services de prévention ;
- entreprises locales ;
- organismes de formation ;
- facilitateurs RERS ;
- équipe CultuRisque.
Cette cellule ne commande pas les solidarités. Elle facilite leur expression et leur transmission.
Ses fonctions sont de :
- garantir l’ouverture du réseau ;
- organiser les échanges ;
- reconnaître les savoirs d’expérience ;
- prévenir les exclusions ;
- articuler initiatives citoyennes et institutions ;
- conserver les apprentissages ;
- entretenir le commun dans le temps.
10. Indicateurs d’évaluation
Révélation
Combien de savoirs jusque-là invisibles ont été identifiés ?
Transmission
Combien de personnes ont transmis ou reçu un savoir ?
Réciprocité
Les participants occupent-ils alternativement plusieurs rôles ?
Reconnaissance
Les personnes prennent-elles davantage conscience de leur capacité à contribuer ?
Activation
Les savoirs échangés sont-ils réellement mobilisés en situation ?
Diversité
Les échanges relient-ils plusieurs métiers, générations, quartiers ou communautés ?
Robustesse
Le territoire dispose-t-il de davantage de personnes capables d’assurer des relais ?
Pérennité
Les savoirs continuent-ils à circuler après la fin de la crise ?
TransValorisation
Les apprentissages sont-ils réutilisés par d’autres groupes ou territoires ?
11. Formulation synthétique du programme
Le programme « Communs de capacités » accompagne les territoires pour révéler les savoirs issus des solidarités, les transmettre et les transformer en capacités collectives durables. Son moteur d’animation est le Réseau d’échanges réciproques de savoirs. Avant, pendant et après les crises, le RERS permet aux personnes d’identifier ce qu’elles savent, ce qu’elles ont appris et ce qu’elles peuvent transmettre. La transmission produit reconnaissance, légitimité et confiance ; elle transforme les expériences vécues en patrimoine collectif et contribue à la robustesse du territoire.
Communs de capacités : Agir fait naître l’expérience. Transmettre en fait un commun.