Vers des milieux transitionnels …
Le projet repose sur l’hypothèse que les transformations humaines émergent moins de l’accumulation de contenus, d’informations ou de compétences que de la qualité des circulations relationnelles, symboliques, expérientielles et attentionnelles dans lesquelles les individus sont engagés.
Nous voudrions en construire un support mais l’objectif n’est donc pas de produire une plateforme supplémentaire de diffusion de contenus ou de gestion de performances, mais de concevoir des milieux transitionnels de circulation humaine favorisant :
- la circulation des savoirs,
- la circulation des expériences,
- la circulation des forces humaines,
- la circulation des récits,
- la circulation des élans,
- la circulation des sensibilités,
- et la circulation des présences.
Ces milieux cherchent à réintroduire :
- du mouvement dans les savoirs,
- de la réciprocité dans les relations,
- de l’expérimentation dans les apprentissages,
- et de la présence dans les usages numériques.
Le dispositif s’inscrit dans la continuité :
- des Réseaux d’Échanges Réciproques de Savoirs,
- des pédagogies coopératives,
- des théories des flux de savoirs,
- des espaces transitionnels,
- des logiques d’affordance,
- et des approches relationnelles de la technique.
1. Les milieux transitionnels comme espaces de transformation
Le concept central du projet est celui de « milieu transitionnel ».
Un milieu transitionnel désigne un espace intermédiaire où les individus peuvent :
- expérimenter,
- déplacer leurs postures,
- modifier leurs relations aux autres,
- explorer des possibles,
- et transformer progressivement leur rapport à eux-mêmes, aux savoirs et au collectif.
Ces espaces ne sont ni totalement réels ni totalement fictionnels.
Ils fonctionnent comme des zones de circulation symbolique et relationnelle où les identités, les rôles et les représentations peuvent momentanément se desserrer.
Le jeu constitue historiquement l’une des formes privilégiées de ces espaces transitionnels.
Mais il n’en est pas l’unique modalité.
L’art, le rituel, la déambulation, la narration, les pratiques immersives, les objets symboliques, les dispositifs coopératifs ou les expériences méditatives participent également de cette logique.
L’enjeu n’est donc pas de “ludifier” les activités humaines, mais de concevoir des situations permettant :
- la mise à distance,
- l’expérimentation,
- le déplacement relationnel,
- et la circulation des expériences.
2. Des dispositifs de déplacement relationnel
Le projet cherche à produire des dispositifs de déplacement relationnel.
Ces dispositifs permettent aux individus :
- de ne plus être totalement confondus avec leur identité sociale habituelle,
- d’entrer dans d’autres modalités de présence,
- d’expérimenter d’autres formes d’interaction,
- et de modifier leurs relations aux savoirs, aux autres et à eux-mêmes.
L’avatar, le rôle, la carte symbolique, l’espace immersif ou la narration deviennent alors des médiateurs permettant une circulation élargie des expériences et des possibles relationnels.
Le déplacement ne doit pas être compris comme une fuite hors du réel.
Il constitue au contraire une condition de transformation.
La mise à distance rend possible :
- l’exploration,
- l’essai,
- l’erreur,
- l’attention,
- et la reconfiguration des dynamiques relationnelles.
3. Des technologies numériques calibrées pour l’affordance relationnelle
Les technologies numériques (réseaux sociaux, Web application, environnements immersifs) ne sont pas envisagées comme des dispositifs de substitution au réel, mais comme des environnements susceptibles de produire de nouvelles affordances relationnelles.
Chaque support technique :
- ouvre certaines possibilités d’action,
- structure certaines modalités d’attention,
- facilite certains types d’interaction,
- et oriente certaines dynamiques relationnelles.
L’enjeu du projet consiste donc à concevoir des affordances favorisant :
- l’entraide,
- la réciprocité,
- l’attention,
- l’émerveillement,
- la circulation des savoirs,
- la coopération,
- et le pouvoir d’agir.
Les univers vidéoludiques et immersifs révèlent ici quelque chose de profondément humain :
le besoin d’espaces permettant d’expérimenter de nouvelles formes de présence, d’engagement et de circulation relationnelle.
Les technologies immersives ne constituent donc qu’un exemple parmi d’autres de ces possibles relationnels.
Leur intérêt réside moins dans la simulation spectaculaire que dans leur capacité à :
- créer des espaces transitionnels,
- modifier les modalités de présence,
- soutenir des dynamiques expérientielles,
- et favoriser des circulations humaines renouvelées.
4. Une architecture distribuée des médiations
Le projet repose ainsi sur une complémentarité fonctionnelle entre plusieurs supports physiques, numériques et relationnels.
Chaque support accomplit une fonction spécifique dans un même continuum expérientiel.
Le site web
Le site constitue un espace d’ouverture, de présentation et de mise en récit du projet.
Il assure :
- la lisibilité du cadre,
- la diffusion des contenus publics,
- la valorisation artistique,
- et l’orientation vers les autres espaces du dispositif.
L’application Web
L’application constitue le support de continuité expérientielle.
Elle permet :
- les dynamiques quotidiennes,
- les parcours personnalisés,
- les activations relationnelles,
- les interactions communautaires,
- et les circulations entre supports.
Le jeu de cartes et les objets symboliques
Les cartes agissent comme :
- supports projectifs,
- médiations expérientielles,
- déclencheurs relationnels,
- facilitateurs de parole,
- et interfaces entre environnement physique et numérique.
Elles participent à la création d’espaces de circulation symbolique favorisant l’attention, l’échange et l’expérimentation relationnelle.
Les espaces communautaires
Les communautés assurent :
- le maintien des dynamiques relationnelles,
- les échanges réciproques,
- la circulation des expériences,
- le soutien mutuel,
- et l’intelligence collective.
Les espaces immersifs
Les environnements immersifs permettent :
- l’incarnation expérientielle,
- la déambulation symbolique,
- les rencontres,
- les expérimentations relationnelles,
- et les formes d’accompagnement individuelles ou collectives.
Ils fonctionnent comme des architectures de passage permettant de modifier les conditions ordinaires de perception, d’attention et d’interaction.
5. Du support technique au milieu relationnel
Le projet ne vise pas seulement à articuler des outils.
Il vise à produire des milieux relationnels.
Dans cette logique :
- les supports techniques deviennent des médiateurs,
- les interfaces deviennent des espaces de circulation,
- les objets deviennent des opérateurs relationnels,
- et les environnements immersifs deviennent des architectures de passage.
Le numérique cesse alors d’être conçu comme une infrastructure de gestion ou de captation attentionnelle.
Il devient :
- médiation expérientielle,
- espace transitionnel,
- écologie des médiations,
- milieu de circulation des savoirs,
- et architecture des puissances d’agir.
6. Hypothèse centrale
L’hypothèse centrale du projet est que les transformations humaines émergent davantage :
- de la qualité des circulations,
- des situations relationnelles,
- des affordances expérientielles,
- des espaces transitionnels,
- des dispositifs de déplacement relationnel,
- et des dynamiques de réciprocité,
que de la seule accumulation d’informations ou de compétences formelles.
Le projet cherche ainsi à expérimenter des formes nouvelles d’articulation entre :
- médiations symboliques,
- circulation des savoirs,
- expériences immersives,
- intelligence collective,
- objets relationnels,
- communautés apprenantes,
- technologies relationnelles,
- et architectures de passage.